J'ai failli perdre la vie pour que tu vives la tienne #1

urgences maternité

Voilà presque deux ans que l'on t'attend.

Après une année et demie de tentatives infructueuses, nous nous sommes lancés dans l’expérience PMA et son lot d'examens. Nous avons patienté un bon moment avant de se dire qu'il était temps de se faire aider. Les mois s’enchaînaient, les uns après les autres et décidément tu ne voulais pas faire ta place.

Les premiers examens ont révélés ce dont je me doutais mais dont personne ne me parlait.
Je suis OPK.

Comme beaucoup de femmes, trop de femmes, que s' en est presque tabou.
OPK et tralala. Depuis mon adolescence j'ai les ovaires fainéants. Des cycles de trois, quatre voir six mois. Et c'est à cause de cela que je suis tombée enceinte une première fois.

J'ai fais confiance à la médecine.

"Il faut arrêter la pilule, vous vous pourrissez le sang, 
de toute façon vous ne tomberez pas enceinte sans traitement"

Je me souviens de ces paroles, que j'ai écouté naïvement du haut de mes dix neufs ans. Une année plus tard, je tombais enceinte, j'allais devenir maman.

Quatre petites années plus tard, nous nous relançons dans  l'aventure avec cette fois une véritable envie de voir mon ventre s'arrondir doucement. A peine commencé, ma collègue m'annonce sa grossesse, puis je vois ces ventres de femmes enceintes à l'école quand le mien reste vide.
Je trouve réconfort sur les forums, mon premier geste quotidien est la prise de température au lever. Je note tout scrupuleusement, sur ma courbe de température et j'attend patiemment.


:: Août 2015 ::

Le verdict est tombée, je suis OPK avec des trompés bouchées, s'il vous plait.
Tu ne feras jamais ta place seul, il faut m'opérer. Nous faisons nos premiers pas dans le couloir jaune du cinquième  étage, celui de la PMA. Je découvre des couples, des visages, des ventres comme le mien, qui attendent gentillement de s' arrondir. J'ai de la peine pour ces femmes et pourtant je suis comme elles. Quoi que déjà une fois maman, j'ai eu la chance de découvrir  les joies de la maternité alors qu'elles, ne le découvrirons peut-être jamais.


JEUDI

Le jour de l'opération est arrivé, une simple cœlioscopie.
J'aurais trois petits trous, une heure de bloc et le plus gros sera passé. Les risques sont infimes, à peine 1% de raté. Mais la possibilité de se réveiller une trompe en moins si celle-ci est trop abîmée.
La gynécologue, mon scanner a la main, me rassure en me précisant qu'il y a peu de chance pour que ça  m'arrive, les trompés sont bouchées mais belles.

Comme toute opération, c'est douche à la bétadine obligatoire, la veille, le jour j et a jeun.
J'ai rendez-vous à  7h, je ressors le soir ou le lendemain selon mon heure de passage.

Il est 14h lorsque je rentre dans ce grand bloc froid. Je ressors quelques temps plus tard. Réveil un peu délicat. Je refuse que l'on m enlève ce masque à oxygène, j’étouffe sans. Ma première question au personnel, sera de demander où sont mes trompes. Elles sont toujours là, les deux!
L'opération c'est bien passé. Je dois attendre 2h en salle de réveil avant de retourner en chambre. J'en attendrais quatre.

Je retrouve enfin mon homme et ma fille. Elle est persuadée que ça y est ils m'ont mis un petit bébé dans le ventre, c'est dur de lui expliquer .


VENDREDI

Le soir je mange à peine, je m'endors sur mon repas.
La nuit est difficile, je me réveille à 5h du matin, prise de douleurs au ventre. Comme si j'avais des contractions sous les cicatrices. L'équipe du matin m'explique que ce sont les gaz injectés, c'est normal. J’évalue ma douleur à 7/10 tout de même. Je dois prendre une douche ça va passer.

11h je peux rentrer chez moi.
Nous passons à la pharmacie pour prendre les traitements anti-douleurs et mes piqûres d'anti-coagulant pour m'éviter une phlébite.
J'ai mal, je patiente debout et pleure par intermittence. Mon homme demande à  la pharmacienne d'accélérer puis nous rentrons. À peine arrivé je dois manger, je suis à jeun depuis 36h au moins, j'opte pour le cappuccino, seul chose me semblant pouvoir passer.

5 minutes plus tard je me retrouve à 4 pattes au pied de mon lit en train de vomir. Mon homme me traîne dans le salon pour me surveiller. Un seau à la main, je vomis, noir dans mon seau rouge.
L'infirmière passe me faire ma première piqûre d'anti coagulant à 20h. Selon elle c'est normal, l'effet de l'anesthésie  sans doute.

SAMEDI

Je n'ai pas dormi.
J'ai toujours  cette sensation de contractions là, en dessous.
Mon homme doit partir travailler, il a appelé ma maman à  la rescousse pour me surveiller et s'occuper de miniPuce. Mon dernier vrai repas date du mercredi midi. Il m'ordonne de manger au moins un pain au chocolat. Je m'exécute. en décortiquant mon pain miette par miette.

Je tente de me lever sans y parvenir.
Mettre les pieds au bord du lit me prend 5 bonnes minutes et lorsque j'y parviens je suis prise de tournis, nausées, douleurs. Ma tête bouillonne, j'ai l'impression d'avoir un effervescent à la place du cerveau. C'était une opération simple, tout au plus quelques douleurs, remise sur pied dans la soirée.

11h je me dis qu'il faut vraiment  que je fasse un effort. Je tente d appeler ma mère, qui ne m'entend pas. J'ai la voix tel un murmure. Aucune force pour l'appeler alors je me lève doucement et tente de gagner les toilettes, seule.

10 pas, 10 petits pas dans mon couloir.
Je vois ma mère au bout. Je pli les genoux avant de tomber, elle arrive en courant, m'attrape, je m effondre, dans ses bras.
Je perd conscience, je l'entend hurler à ma sœur pour qu'elle ramène le téléphone. J'ai cette impression de rêve. Comme si elle était loin, très loin alors que je suis dans ses bras.

...


[ la suite dans la semaine ]

Mathilde.bla

14 commentaires:

  1. Mince, tu étais donc cette personne, ce 1% de risque de développer des complications. Malheureusement, cela n'arrive pas toujours qu'aux autres.
    Bon ce n'est pas que...mais j'ai hâte de lire la suite.

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    1. Et pourtant on se dit toujours que 1% c est tellement ridicule. Mon homme a même dit «99 sont passées avant sans encombre tu étais la centième». Je crois qu'il a tenté de faire de l ironie mais n étais pas franchement convaincue non plus

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  2. J'ai tout lu et j'attends désormais la suite avec impatience...
    Mais vu le titre, j'imagine que ce ne doit pas être très gai... :-/

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    1. Pas forcément mais je suis là. Donc une fin heureuse on va dire. N empeche que ça reste marquant et pourtant ça date d aout 2015

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  3. C'est un témoignage touchant... JE suis désolée de lire toutes ces complications. J'attends avec impatience la fin où j'espère un Happy end !

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    1. Merci, oui un Happy end comme tu dis :-)

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  4. Je suis désolée que tu ais du passer par tout ce périple pour pouvoir voir ton ventre s'arrondir... J'en ai presque eu les larmes aux yeux... Chaque opération chirurgicale à son lot d'effets secondaires potentiels, et ils ne doivent pas être pris à la légère par les professionnels de santé. Ce sont les premiers à savoir les risques encourus mais s'ils sont rares j'ai l'impression qu'on préfère oublier que ça peut arriver et se dire que tout est normal alors que pas du tout...
    En tout cas j'ai hâte de connaître la suite, je préfère quand tout fini bien :)
    Bon courage et reposes toi bien ça a du être éprouvant!

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    1. Ca date d'aout 2015 j'ai eu le temps de me reposer (et accessoirement 1 mois et demi d'arrêt aussi, j'ai eu le temps de me mettre au tricot)

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  5. J'en ai les larmes aux yeux... heureusement qu'on sait que ca se termine bien mais pfiouuuu...

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  6. Impressionnant, mais je ne comprend pas pourquoi tout le monde t'ai dis que c'était normal
    =/

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    1. On se pose toujours la question. Visiblement je devais pas être crédible

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