Ce jour où je suis devenue maman

Le temps m'a paru long pendant un instant et pourtant ... ce jour là, je ne m'y attendais pas.

Octobre 2010
Premières lueurs de la journée, tout le monde est encore couché pendant que moi, je ressens un "je-ne-sais-quoi", quelque chose d'inconnu mais qui pourtant m'apaise.
J'ai patienté, des minutes et des heures, avant de partir pour la maternité. C'est le Grand jour, et pourtant... Je répond un léger "à tout à l'heure" à un parent avant de monter dans la voiture.

J'ai l'envie de te rencontrer, mais tout au fond, j'ai peur de ne pas savoir. 
De ne pas savoir t'aider à venir au monde, ne pas savoir t'accompagner dans ces premiers moments, ne pas savoir ces gestes de mamans tout simplement.

La route est longue, faite de creux et de bosses, qui me font parfois retenir mon souffle tout en jetant un œil un peu mécontent sur ma maman. 
Nous arrivons enfin, commence alors les examens et l'annonce, qu'aujourd'hui je reste, que bientôt tu seras là, tout près de moi. Je crois que je ne me rend pas compte de ce qu'il se passe. J'ai juste mal de savoir que bientôt je ne te sentirais plus au creux de ce ventre.
J'ai mis tant de temps à accepter cette bosse qui se formait sous mon nombril et finalement je me suis tellement aimé avec ce ventre rond. C'est un petit déchirement que de savoir que bientôt je redeviendrais celle que j'étais, avant. Avant que tu ne te niche ici, avant que je ne te découvre sur un écran, avant que je puisse sentir tes mouvements.

Je profite de tes derniers petits coups, je vois des courbes apparaîtres au rythme des battements de ton coeur, des montages russes me rappelant les contractions et j'attend, encore et encore... des minutes et des heures.

19h.

Voilà déjà près de 12h que tu signifie ton envie d'arriver, 12h que je me sens mitigé, entre l'envie de te rencontrer et l'envie que le temps ne s’arrête. La plus grosse des douleurs et finalement bien cette peur de ne pas savoir, tout simplement.

On me propose la péridurale. Quoi donc, j'y ai le droit?
Sais-tu, toi, petit bébé, que sans le vouloir, tu m'as causé bien des problèmes et des peurs avant même de naître. Voilà déjà 4 mois, que j'endure des piqûres quotidiennes pour ne pas risquer ma vie et réparer quelques soucis. Mais je ne t'en veux pas.

J'accepte cette péridurale sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être qu'à force de proposition, mon esprit ne sait plus dire Non.
Je suis ailleurs, je ne souffre pas tant que ça, j'accompagne tant que je le peux ces courbes qui se dessinent sur le monitoring et j'attend, encore et encore ... la fin de ce jour, auquel je ne m'attendais pas.

Après ce joli "Oui", un peu arraché par les sages-femmes, s’enchaîne le changement de salle, les branchements encombrants, les examens en tout genre. Moi qui était si bien, mon esprit commence à se perdre, je ressens maintenant les contractions comme je ne les sentaient pas jusqu'à présent. On m'a extirpé de cette bulle que je m'étais créée inconsciemment. Une heure plus tard, j'attend encore cette fichue péridurale que l'on m'a presque imposée et qui pour finir ne vient même pas.

Il aura fallut plus d'une heure trente pour que l'anesthésiste ne veuille bien me rejoindre. Et le comble, du comble, c'est une peau de vache! Ah oui ça les sages-femmes m'avaient prévenues, mais je n'en attendais pas autant.

Et là... tout s'arrête. Je ne ressens plus rien. Les montagnes russes s’enchaînent encore et encore sur l'écran, ça s'arrête là. J'ai vécu pendant des mois à sentir chacun de tes mouvements, je ne sens plus rien. Les capteurs sonnent sans cesse, signe qu'ils ne captent plus ton petit coeur, tu bouge trop.
Tu bouge et je ne sens rien.

Avec ce petit "Oui" décroché il y a déjà deux ou trois heures, on vient de m'enlever la possibilité de sentir tes derniers mouvements, la possibilité de t'accompagner un peu mieux dans ta propre naissance.
Je lui en veux. A cette peau de vache, déjà pas très sympa, qui en plus vient de m'enlever tout. Toutes les sensations. Je n'en demandais pas tant!

23h45.
Déjà presque 18 heures que cette journée a commencé pour nous. On s'installe, on tourne, on virevolte, c'est l'heure. Après bien 5 minutes d'organisation, on m'annonce un gentil "ce sera pour demain, pour un premier bébé, il sera minuit passé". On m'explique, on me parle gentillement, on me chouchoute et faut pousser.

J'entend cette dame qui me parle d'une contraction qui arrive et que je ne sens même plus. Je pousse sur commande, j'attrape mon bébé entre mes jambes et je te découvre.

23h58.
Je découvre cette petite tête que j'ai façonnée pendant des mois, ces petits yeux plongés dans les miens, cette bouche cherchant mon sein, ces petites mains accrochées à mon doigt, ces petits pieds caressant mon ventre. Tu as de petits cheveux, tout fins, tout blonds. Tu es belle, tellement belle. Je ne m'attendais pas à ça.

Ta peau n'est pas toute fripée, toute rouge, comme je m'y attendais pour un bébé. Tu es parfaite. Mon corps a fait une petite fille magnifique.
Je regarde chaque détail de ton corps, ta bouche, tes yeux, tes doigts. Je découvre quelques détails de ton "papa" et suis un peu chamboulé en voyant ça.

Vient le moment de la pesée, des soins qui t'éloignent de moi. La sage-femme, termine son travail. Je sens une aiguille me traverser.
Une petite déchirure me dit-on.
"Vous avez bientôt terminé ?"
"Je viens juste de commencer, il en faut deux".


La péridurale ne fait plus effet, je ressens désormais ce qu'il se passe, là, au plus bas. A l'endroit le moins épargné de mon corps.

J'en veux à l'anesthésiste de m'avoir enlevé les sensations les plus importantes et de ne m'avoir laissé que les restes.

On vient me rendre mon bébé, m'annoncer son poids, sa taille. Je peux enfin donner mon sein...


Le temps m'a paru long pendant un instant et pourtant ... 
ce jour là, je ne m attendais pas à cela.

Maman-blabla

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